PRETORIA – Face à un bilan routier alarmant, le gouvernement sud-africain a confirmé son intention de supprimer toute limite légale de consommation d’alcool pour les conducteurs. Le projet d’amendement de la loi sur la circulation routière nationale (National Road Traffic Act) vise à instaurer un seuil de 0,00 % pour l’ensemble des automobilistes.
La ministre des Transports, Barbara Creecy, a annoncé le 15 janvier 2026 le lancement imminent d’un processus législatif visant à modifier la section 65 de la loi nationale sur la circulation routière. Cette réforme radicale prévoit de passer d’un régime de limites d’alcoolémie à une interdiction totale de toute trace d’alcool dans l’organisme pour quiconque prend le volant.
Un cadre légal jugé obsolète
Actuellement, la législation sud-africaine autorise un taux d’alcoolémie allant jusqu’à 0,05 g pour 100 ml de sang pour les conducteurs ordinaires, et 0,02 g pour les professionnels. Pour l’exécutif, ce cadre, en vigueur depuis près de trois décennies, entretient une ambiguïté dangereuse.
« Il est inacceptable qu’une loi permette de consommer de l’alcool avant de conduire. Nous devons instaurer une politique claire et sans équivoque : boire ou conduire, il faut choisir », a déclaré la ministre Creecy lors de la présentation du rapport sur la sécurité routière de la période festive 2025/2026.
Une urgence sécuritaire et statistique
Cette décision s’appuie sur des données préoccupantes. Entre le 1er décembre 2025 et le 11 janvier 2026, les autorités ont recensé 8 561 arrestations pour conduite en état d’ivresse, soit une augmentation de 144 % par rapport à la même période l’année précédente. Bien que le nombre total de décès sur les routes ait enregistré une légère baisse de 5 % (1 427 morts), le facteur humain — et particulièrement l’alcool — demeure la cause principale des accidents mortels.
La réforme s’accompagnera de mesures techniques innovantes, notamment dans le secteur des transports publics. Le ministère envisage l’installation obligatoire d’éthylotests antidémarrage dans les taxis collectifs, empêchant le véhicule de démarrer si une présence d’alcool est détectée chez le chauffeur.
Défis juridiques et application
Le passage à la tolérance zéro n’est toutefois pas exempt de critiques. Des experts juridiques et des organisations de la société civile soulignent les risques de « faux positifs » liés à l’ingestion de médicaments ou de certains aliments. De plus, l’efficacité de cette mesure reste tributaire d’un renforcement significatif des contrôles routiers et de la mise en œuvre effective du système de permis à points (AARTO), dont le déploiement national a été repoussé au 1er juillet 2026.
Si le projet de loi est adopté par le Parlement, l’Afrique du Sud rejoindrait le groupe restreint de pays appliquant une interdiction totale de l’alcool au volant, marquant une rupture majeure dans sa stratégie de lutte contre l’insécurité routière.
